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Philosophie de la prévention générale

L'objet central du travail des CAAJ est donc de définir une politique de prévention générale dans l'arrondissement. Ce concept a été défini par le CCAJ dans son avis n°50.

De multiples recherches ont montré que ceux qui étaient soumis précocement et intensivement à des situations violentes - qui peuvent être de natures très diverses - avaient de fortes "chances" de se faire eux-mêmes porteur de violence, contre eux-mêmes (toxicomanies diverses, suicides, ...) ou contre les autres. C'est ce que Pierre Bourdieu nomme la "loi de reproduction de la violence". Il s'agit de travailler à ce que cette probabilité ne se transforme pas en destin; pour ce faire, il faut s'attaquer aux mécanismes qui permettent ou favorisent une telle reproduction.

Une fraction importante de la population est soumise à une violence structurelle énorme, économique et sociale: privation d'emploi, désaffiliations diverses, destruction progressive des différents filets de sécurité mis en place par la solidarité collective et publique, ...

Cette violence structurelle est relayée "activement" par une multitude de micro-violences qui s'exercent au quotidien et échappent le plus souvent aux regards comme aux sanctions (image de violences invisibles): violences intra-familiales, violences institutionnelles (suspicion injustifiée, traitements non équitables, violation des droits, rejets, ...), ou relationnelles (comme la stigmatisation et le mépris), et symboliques (comme le "délit de facies").

Les effets de ces violences invisibles sur les personnes ou les groupes moins favorisés sont considérables. Il arrive malheureusement que ces personnes ne voient pas d'autre issue à leur situation que de déployer à leur tour des comportements violents, souvent de manière inopportune ou répréhensible: aux violences "invisibles" répondent alors des violences visibles "visiblement répréhensibles".

L'objet de la prévention, défini dans cette optique, est donc double:

- "réduire la quantité globale de violence qui échappe aux regards et aux sanctions, qui s'exerce au jour le jour et qui est, en dernière analyse, le produit de la "violence inerte", des structures économiques et des mécanismes sociaux relayés par la violence active des hommes."

- éviter que les réactions à cette violence globale ne se "traduisent" en réactions inopportunes, aptes par exemple à se retourner contre leurs protagonistes.

Cette définition globale de l'objet de la prévention dans le secteur de l'aide à la jeunesse s'oppose comme on le voit à des visions plus sécuritaires de la jeunesse vue comme un groupe à risque. Au départ de cette définition, et dans le respect de celle-ci, il appartient donc au CAAJ d'observer les réalités propres à l'arrondissement qu'il dessert afin de préciser les priorités qui se dessinent, les problématiques émergentes, les spécificités locales, et de permettre la mise en place d'actions pertinentes afin d'éviter toute dégradation de la situation et de donner le moins de prise possible aux violences invisibles.

On peut constater qu'il y a donc des homologies et des complémentarités entre les actions communautaires que nos précédents focus décrivaient, et les actions des CAAJ (pour certaines d'entre elles décrites dans d'autres focus): la nature du travail est la même, et les ressources apportées par les CAAJ permettent la mise en place des actions.

Consulter l'avis n°50 du Conseil Communautaire de l'Aide à la Jeunesse

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